vendredi 22 janvier 2010

Quand la comédie à la française fait rire jaune


La France a été fondée pour éblouir le monde et le divertir. Ce qu'elle fait avec régularité, en particulier depuis qu'elle s'est donné Nicolas Sarkozy pour metteur en scène.

Au début, nous nous limitions à l'interprétation de l'épopée révolutionnaire et de ses idéaux. Au fil du temps, la plupart des pays comparables au nôtre s'étant approprié peu ou prou ce répertoire, nous nous sommes tournés vers le comique. Avec un succès inégal…

Ainsi en va-t-il par exemple avec la tragi-comédie de l'Identité nationale qui, si elle fait un four chez nous, soulève l'étonnement de nos voisins. L'acte dit: «charte des droits et devoirs du citoyen», que les jeunes Français seraient tenus de signer à leur majorité fait ainsi l'objet d'un article critique de François Gross, repris par Courrier international.

Si M. Gross appelle à faire preuve d'un peu plus d'imagination dans la mise en scène, il semble néanmoins impressionné par la qualité des interprètes:
«Des individus, des associations que l'on croyait immunisés contre la xénophobie, tiennent soudain d'étranges propos. La crise laisse décidément derrière elle de vilaines traces.»

En fait, son analyse de la pièce est plutôt sévère, et lorsqu'il compare son auteur, Éric Besson, au Père Ubu, ce personnage de Jarry qui symbolise l'ivresse du pouvoir et son absurdité, on applaudit.
M. Besson, lorsqu'il rêve, se prend peut-être pour un héros de tragédie, un traître shakespearien, mais il n'est que le personnage ubuesque d'une mauvaise farce qui ne fait même pas rire à l'étranger. Comme on pourra en juger à la lecture de «Les dangereux délires d'Ubu Besson», sur Courrier International.

Véritable portrait de Monsieur Ubu

jeudi 21 janvier 2010

Rêve de démocratie, une chaîne

«Que proposeriez-vous immédiatement au peuple français, si la démocratie [directe] existait»… Tel est le sujet que Nicolas m'a donné, dans le cadre d'une chaîne propagée notamment par Lomig, blogueur partisan du libéralisme économique. Comme Nicolas, j'ai trouvé cet énoncé intéressant, tout en me permettant d'y mettre des crochets destinés à souligner que nous ne sommes pas en démocratie. Voici ma participation.

Jusqu'à ce jour, l'initiative d'appeler les citoyens aux urnes dans le cadre du référendum, appartenait seulement au Président de la République et à son gouvernement. Une disposition décorative de la Constitution prévoyait cependant de concéder à un cinquième des membres du Parlement la faculté de prendre l'initiative d'un référendum, dès lors que 4,447 millions de Français les appuyaient…

Sur le point de fêter son nonantième anniversaire de pouvoir, le président Sarkozy vient, comme on sait, de donner réalité à cet ornement républicain. Un cadeau pour son successeur, puisqu'il annonce simultanément sa retraite. Le vote de la loi organique étant inscrit en urgence à l'ordre du jour de l'Assemblée, le référendum d'initiative parlementaire va donc voir le jour. Or, il se trouve que par bonheur un peu plus de 180 députés —soit éméchés, soit touchés par la grâce démocratique—, se sont entendus pour étrenner au plus tôt le droit nouveau qui leur est accordé. Si tout va bien, ils souhaitent poser au peuple français cette question:

«Êtes vous favorables à la proposition suivante :
Le passage à une Sixième république est devenu nécessaire. Il est confié aux parlementaires des deux chambres le soin d'en rédiger la Constitution, laquelle devra obligatoirement faire droit aux attentes des citoyens énumérées ci-dessous.

1—création d'un référendum d'initiative populaire, qui sera organisé dès lors qu'une pétition en ce sens recueillera 2 millions de signatures en l'espace d'un trimestre.

2 —l'exécutif sera dirigé par le Premier ministre, responsable devant l'Assemblée nationale qui l'aura désigné par un vote.

3 — le Président de la république, élu par le Sénat, recevra une paire de ciseaux d'or, symbole de sa fonction. Il sera chargé de couper les rubans des inaugurations officielles et d'ouvrir le bal au nom de la France dans les festivités internationales.

4 — les salaires du président et des membres du gouvernement seront laissés à l'appréciation des citoyens, par le biais de collectes mensuelles dont le rapport reflètera par conséquent le degré de satisfaction de la population. À cet effet, une mission sera confiée à M. Kouchner, aujourd'hui retraité, ou, en cas de défaillance de celui-ci, à qui se portera volontaire bénévole, de fonder une ONG chargée d'orchestrer la générosité de la nation envers son personnel politique?»

Pour prendre la suite, je tague Gwendal, Manuel, Rimbus, CC, et Bibi

mercredi 20 janvier 2010

Un petit coin de parapluie pour l'Élysée

La commission des finances de l'Assemblée nationale, a bricolé aujourd'hui un amendement restreignant la portée d'une future commission d'enquête réclamée par le PS, sur les sondages de l'exécutif. L'opposition bénéficie en principe du droit de demander une enquête une fois par session. Sa précédente demande qui visait l'utilisation des sondages par l'Élysée, ayant été refusée, le PS avait déposé une nouvelle demande. Celle-ci, élargie, portait sur l'ensemble des crédits votés par le parlement, dépensés en études d'opinion.

Malheureusement, l'amendement de l'UMP limitera l'enquête au seul gouvernement. Les pratiques de Nicolas Sarkozy avec les sondages demeureront donc tabou, il sera impossible de démontrer les manipulations de l'opinion publique dont on le soupçonne. L'argument des godillots de l'Élysée n'a pas changé: l'enquête voulue par les socialistes ne peut inclure la présidence, en vertu du principe de séparation des pouvoirs.

L'hypocrisie politique, mal chronique, n'est pas mortelle, on ne peut que le constater, sans quoi, nous aurions bientôt une majorité décimée et de nouvelles élections en perspective. Qui peut croire que cette manœuvre de la majorité au Palais Bourbon n'a pas été ordonnée par Nicolas Sarkozy? Personne. Dans la Ve République depuis l'origine, et singulièrement depuis l'élection de M. Sarkozy, la séparation des pouvoirs est une fiction grossière. Les empiétements du président sur la justice ou les prérogatives du parlement sont monnaie courante. En voici un de plus, dissimulé comme toujours.

Nicolas Sarkozy peut tout se permettre, il reste intouchable, même par les représentants du peuple français. Il est à noter que récemment, les sénateurs de la majorité appuyés par Mme Alliot-Marie avaient repoussé au siècle prochain la définition légale de la responsabilité du président. On s'en occupera sans doute en même temps que des modalités de mise en œuvre du référendum d'initiative parlementaire —vous savez ce machin que les menteurs, approuvés par les niais, appellent initiative populaire…
L'une et l'autre de ces dispositions étaient pourtant prévues par les modifications de la constitution votées par le congrès. En revanche, Nicolas Sarkozy a déjà pris de celles-ci tout ce qui étendait ses pouvoirs, si bien que nous nous retrouvons indiscutablement avec un autocrate à la tête du pays. Et les moyens de lui demander des comptes pour tous les abus auxquels il se livre n'existent pas. Nicolas Sarkozy a tous les droits d'un citoyen français, plus celui de les diriger selon son bon plaisir, mais aucun de ses actes ne peut être pesé, encore moins contrarié.

Heureusement que le 27 mars nous aurons la possibilité de lui dire non. On pourra rêver que nous sommes en démocratie, mais ça ne sera qu'un rêve, n'en déplaise aux faux culs de tous horizons politiques.

P-S, quoique son analyse ne me convainque pas vraiment, j'ai beaucoup apprécié «De la différence entre action et acte…» sur le Pavé. Je le cite en contrepoint au No Sarkozy day que je soutiens, mais il s'agit pour moi de contrepoint au sens littéraire: un cheminement parallèle, plutôt que contraire.

source Libération

mardi 19 janvier 2010

Les bains restent ouverts pendant la crise

Les crises et catastrophes de toutes natures coupent rarement le sifflet des cyniques. On l'a vu avec les bonus des financiers, on le voit avec les salaires siamois d'un grand-patron comme M. Proglio. Le capitalisme mondial, pourtant évangélisé par notre Nicolas Sarkozy national, s'adonne à l'adoration du Veau d'or, comme si rien ne s'était passé.

C'est ainsi que Mediapart rapporte la réapparition de bulles spéculatives, aussi gonflées de dangers que celles ayant conduit à la crise actuelle. Notamment, un risque identifié par Paul Jorion, caché dans un truc financier baptisé du doux nom de «pay option ARM»… Ça présente l'apparence des subprimes, ça contient le même taux de spéculation, ça peut empoisonner pareillement. La seule différence, d'après ce que j'ai (peut-être) compris, c'est qu'il y a au départ des ménages plus aisés, qui ont emprunté pour acquérir un bien immobilier.

Au lieu de verser des mensualités correspondant aux intérêts dus pour leur crédit, de nombreux ménages (80%) remboursent un montant moindre. La partie manquante des intérêts est reportée à une date ultérieure, et la somme à rembourser gonfle, gonfle… Le couperet tombera quand les malheureux atteindront 115% de l'emprunt d'origine, et il semble qu'une proportion déjà inquiétante de prêts n'est pas honorée. Nous n'avons peut-être pas fini de rire jaune.

Dans un tout autre style d'inconscience scandaleuse, il y a ces compagnies de croisières de luxe qui ne se gênent pas pour faire mouiller leurs navires près des plages d'Haïti… À une grosse centaine de kilomètres des lieux du désastre. Les touristes ont pu débarquer et profiter de la baignade, des installations de plage sans doute peu occupées. Il semble que quelques personnes ont cependant refusé de participer aux réjouissances et sont restées à bord du navire de la Royal Caribbean Cruises cité en exemple par Matin, un site de la presse canadienne. À quand un circuit «tremblement de terre»?

P-S. «Le coq et la poule»: encore un billet que je recommande sur l'affaire V. Peillon…

lundi 18 janvier 2010

Nicolas 1er à Tricota


Sa Majesté Nicolas 1er, Empereur des Franchois et des Séquelles, vient de rendre visite à ses sujets de Tricota, pour notre plus grande fierté. Racontez cette belle journée de fête à laquelle vous avez participé, comme tous les écoliers de notre île.


Je me rappelle qu'on dormait tous encore à la maison, quand y en a qui ont donné des coups de pieds à la porte des appels joyeux se sont élevés: «Allez, debout, les feignasses! Tout le monde dehors! On se réveille, le car nous attends, bonnes gens!» C'étaient les soldats de l'empereur avec leurs gros godillots. Le maire et ses conseillers faisaient le tour du village pour prévenir tout le monde. Avec papa, maman, grand-mère, mes trois grands frères, ma petite sœur, et les petits, on a eu à peine le temps de s'habiller avant qu'un malabar arrive et nous pousse dans la rue, que les voisins viennent se moquer gentiment de nous, parce qu'ils étaient déjà prêts. Il y avait un énorme autocar qui attendait, et les villageois qui s'approchaient d'un peu partout, l'air d'avoir la tête dans le cul, grave, réjouis de la belle journée de fête dont à laquelle on allait participer. Les soldats ont fouillé toutes les maisons, le maire et sa bande ses amis ont bien vérifié que tout le monde était là, et on nous a fait monter dans l'autocar. Et il est parti. Comme on habite au bout de l'île, c'était long jusqu'à Tricota-ville, surtout pour les petits et les vieux. Ma petite sœur Kiki a vomi et le pépé de nos voisins, que les soldats avaient porté parce qu'il était paralysé, est mort, a eu mal à la tête. On s'est arrêté un moment pour qu'ils le mettent dans le coffre pour lui donner de l'hapyrine aspirine. Le car nous a laissés loin de la ville, parce qu'il y en avait plein d'autres, cars, vu qu'ils ont raflé que toute la population de l'île voulait acclamer l'empereur. Heureusement on a eu droit a des sandwiches, parce que j'avais drôlement faim.
Y avait tellement de monde sur la place, que de là où j'étais, je voyais rien j'avais du mal à voir au loin. J'ai juste entendu quelqu'un qui parlait dans les hauts parleurs, mais j'ai presque rien compris, sauf qu'on va devenir une province franchoise, ça sera pas trop tôt, depuis le temps qu'on demande. Et aussi, il va falloir se tenir à carreau, parce qu'on aura des devoirs envers l'empire. Fort teureusement heureusement, je n'ai rien perdu du magnifique discours que nous adressa l'empereur. Il a une belle voix comme ses yeux bleus, et on sent que c'est un grand homme. Il nous a annoncé que le Tricota sera bientôt une province franchoise comme les autres, avec les mêmes droits, et exactement les mêmes devoirs. Nous, du village, on s'ennuyait, y en avait qui commençaient à râler, qu'ils avaient du boulot à faire. Des vivats d'allégresse s'élevaient de tous côtés. À un moment, c'était tellement compliqué ce qu'il racontait, que plein de gens en ont eu marre, et on a commencé à se tirer que monsieur le maire a promis qu'il nous expliquerait. On est retourné à l'autocar, vachement contents que ça soit fini Nous avons regagné l'autocar en chantant les louanges de Nicolas 1er le Bien-Aimé. Quelle belle journée, que Dieu garde l'Empereur et sa Gracieuse Lala son épouse!

Merci à Nicolas pour son cours d'Html en direct de la Comète!

P-S. je n'ai rien lu aujourd'hui à l'exception d'un billet de Bruno Roger-Petit qui revient sur un aspect oublié de la personnalité d'Alain Duhamel…

dimanche 17 janvier 2010

Eltsine non, Schwarzenegger, non plus

J'aime bien dessiner des rébus qui ne soient pas trop décourageants pour les visiteurs intéressés. Cela d'autant plus qu'ils appartiennent à la catégorie la plus agréable à inventer au préalable. Il y a des noms qui sont plus durs que des os, sur lesquels on se casse les dents semaine après semaine.…

Tenez, prenons par exemple Arnold Aloïs Schwarzenegger, gouverneur de Californie. Arnold et Aloïs, ça peut encore aller, il y a de l'espoir, mais Schwarzenegger… Ni ma femme, qui trouve souvent de bonnes idées, ni moi, n'avons encore réussi à le découper en rondelles se prêtant à l'illustration. Donc, un rébus simple comme l'œuf de Colomb, c'est agréable pour moi aussi. Surtout lorsqu'il déchaîne l'enthousiasme de Dedalus en commentaire, ce qui me permet d'étoffer cette note sans efforts:

«Je sais ! Je sais ! JE SAIS !!!
Y a un type en chapka devant le Kremlin qui tranche un gros caillou.
Le type selon toute vraisemblance habite Moscou. En tout cas le gros caillou, qui n'a tout de même pas été importé jusque là. Bref c'est une pierre moscovite.
Mais il en manque un morceau, une tranche, deux morceaux sur lesquelles sont inscrites les lettres E et T, formant le mot "ET"»…

Rimbus a trouvé le premier, battant de peu en rapidité notre championne, Madame.b, suivie par Epamin'. Olympe a été contrainte de jouer par le truchement Twitter, ce qui ne l'a pas empêché de trouver. Puis Hermes est arrivé plus tard avec la bonne réponse, comme CC, et la Famille Castor, Dedalus, Éric Citoyen, et Philzone (sans profil). Onze gagnants ce dimanche, donc… Bravo à tous !


Rébus pour le dimanche


Comme d'habitude, trouvez dans ce rébus le prénom et le nom d'une personnalité politique —d'une quelconque région du monde et de n'importe quelle période historique… (cliquez sur l'image pour l'agrandir) Solution dans la soirée, la modération des commentaires est activée.