vendredi 27 février 2009

Sortir de la crise avec Le Pen?

Jean-Marie Le Pen embouche une trompette du jugement dernier et nous annonce la fin de la globalisation libérale et cosmopolite. Mais une seule trompette ne suffit pas à foutre le monde en l'air, M. Le Pen n'est pas Dieu, quoique borgne comme lui —je rappelle aux ignorants que pour certains élus ou pécheurs impénitents, l'œil de Dieu s'inscrit au firmament dans un triangle isocèle, en l'absence de couverture nuageuse. Heureusement qu'il ne l'est pas, Dieu, car les prophéties et objurgations du patriarche frontiste font froid dans le dos.
Ainsi, afin de parer à la débâcle monétaire qu'il voit venir, préconise-t-il l'abandon de l'euro et le retour à notre bon vieux franc. Comme si nous n'avions pas été assez douloureusement éprouvés par le passage initial à la devise européenne, nous autres, gens ordinaires.
Quelques semaines avant l'euro, des tas de trucs de première nécessité, comme le pain, les cure-dents, la coupe de cheveux, le baril de bière, etc, avaient augmenté par précaution. Quelques jours après l'euro, le prix des mêmes produits recevait un petit coup de pouce destiné à l'arrondir à la hausse, par commodité. Les mois suivants, dans un bel élan pédagogique les marchands nous habituèrent promptement à l'idée qu'un franc ou un euro, c'était la même chose… Les prix d'une myriade de petits machins indispensables se trouvèrent multipliés par 6,55. On nous fit les poches, tandis que les menteurs institutionnels affirmaient avec aplomb que nous connaissions une stabilité des prix.
Dans cette zone trouble des petites arnaques passées plus ou moins inaperçues, on peut caser aussi la généreuse collecte des «pièces jaunes» patronnée par Mme Chirac et David Douillet. Au départ, à l'époque du franc, vous abandonniez une mitraille de centimes dont vous vous défaisiez sans arrière pensée. Aujourd'hui, le sentiment de se faire rouler dans la farine n'est pas déplacé: quand vous donnez dix cents d'euro, vous déboursez l'équivalent de 65 centimes de francs. Avec 50 cents, c'est 3,27 f que vous offrez. Pour être honnête et perpétuer l'esprit d'origine des «petits ruisseaux qui font les grandes rivières», cette campagne aurait dû s'intituler «pièces rouges».
Ceci dit, on peut se demander avec inquiétude ce qui se passerait dans le cas d'un retour à la monnaie nationale. Il ne fait guère de doute que nous serions détroussés une fois de plus. Non, merci, M. Le Pen.
Parmi les autres idées obsessionnelles de l'ogre de Saint-Cloud, figure bien entendu le renvoi des immigrés dans leur pays d'origine. La Gaule aux Gaulois: Jean-Marie Le Pen, s'il était élu président, pratiquerait sans doute l'ouverture à droite, à la Sarkozy, en nommant Eric Besson premier ministre…
Fermeture des frontières, protectionnisme, seraient aussi au programme. Et là, M. Le Pen a sans doute prévu de stimuler notre économie, réduite à ronronner sur elle-même, par la relance de l'armement? Parce que, n'est-ce pas, avec un retour à l'Europe des nations, le réveil de nos vieux démons serait assuré à brève échéance. Rien ne vaut une bonne vieille guerre pour sortir de la crise, allez…
source image



Avis: Balmeyer, son humour, ses billets savoureux sont de retour…

11 commentaires:

Nicolas a dit…

Tu crois que je n'ai que ça à faire : lire
Balmeyer ?

Merde. Comment on fait smiley avec un iPhone ?

Le coucou a dit…

Et tu arrives à me lire sur un iPhone?

walkingthedog a dit…

Loin des idées de Le Pen, je tiens à le préciser, l'euro a l'avantage de maintenir une stabilité monétaire dans chaque pays de la zone, même artificielle, puisque bon nombre de nations auraient déjà du dévaluer leur ancienne monnaie.
Mais aujourd'hui, on en vient à se demander si cela ne serait pas une bonne chose, dans l'objectif d'une relance des exportations...

Le coucou a dit…

Walk, c'est bien à cela que nous échappons grâce à l'euro: à la dévaluation compétitive des monnaies! C'est dans un tel cadre, qu'en période de crise aiguë, comme celle que nous allons traverser durablement, que s'exacerbent les nationalismes et les risques de conflits armés.

le-gout-des-autres a dit…

On est sûr que Le Pen existe.
Quant à Dieu, comme dit W.Allen, s'il existe il a intérêt à avoir une bonne excuse...

Monsieur Poireau a dit…

Le coup de la bonne guerre, c'est ce qui nous pend au nez (j'en avais fait un article !) et je pense que sérieusement quelqu'un quelque part s'en réjouit !
:-))

[Pauvre Le Pen, obligé de racler le fond des vieux pots tant l'autre lui a tout piqué. C'est presque triste… :-)) ].

Le coucou a dit…

le-gout-des-autres, au fond, Le Pen existe-t-il encore? W. Allen, lui, est toujours parmi nous, ça rassure!

Poireau, en effet tu avais fait un très billet sur la "bonne guerre , et j'ai vainement tenté de le retrouver chez toi, au dernier moment, dans les archives, sans penser qu'il suffisait de faire une recherche avec "bonne guerre"… Mes excuses!

Monsieur Poireau a dit…

Le Coucou : y'a pas d'mal ! Je constatais surtout qu'on arrive à la même conclusion ! :-))

Le coucou a dit…

Poireau: un très bon* billet, bien sûr! ;-)

Daud Avendauth a dit…

Quand je disais craindre le retour de l'immonde bête, ce n'était pas qu'un simple effet de style. Heureusement il y a toujours moyen d'en rire sans en oublier l'horrible menace. Une guerre n'est jamais bonne, cela va sans dire et encore mieux en l'étant.

Le coucou a dit…

Daud, on peut malheureusement se tromper, mais la bête a bien vieilli!