jeudi 13 janvier 2011

Hommes d'États sans frontières

Le gouvernement sarkozyste a fini par comprendre que son soutien à Ben Ali risquait de surinfecter une popularité déjà mal en point. François Fillon s'inquiète donc officiellement de «l'utilisation disproportionnée de la violence» en Tunisie. Libération nous dit que le premier ministre appelle révoltés et pouvoir tunisien «à choisir la voie du dialogue». On comprend son point de vue : quand la baraque d'un dirigeant brûle, il faut essayer d'éteindre l'incendie avec de la farine. Celle dans laquelle on peut encore espérer rouler un peuple insurgé.

Nicolas Sarkozy a flanqué, à Toulouse, les 35 heures et la retraite à 60 ans dans un même Airbus charter en route pour le néant : presque le même que celui où les Français le pousseront un jour prochain (deux images : un faire-part de deuil, une carte de vœux guillerette).

Une enquête est enfin ouverte par la Cour de justice de la République, visant Éric Woerth, dans le cadre de la fameuse vente d'une parcelle de la forêt de Compiègne appartenant à la République. La République, ce n'est ni Sarkozy ni Woerth, c'est le peuple français, c'est nous. Je suis Français, je n'ai pas été consulté au préalable. La Cour de justice le jugera comme il convient de son point de vue, mais du mien, c'est fait. Je garde le secret de mes délibérations

En italie, une autre Cour, constitutionnelle celle-ci, a annulé l'immunité pénale dont pouvait se prévaloir Berlusconi —ce n'est pas chez nous que l'on verrait ça, tiens ! Il gardera néanmoins le droit de se défiler devant une convocation au tribunal s'il doit recevoir un chef d'état, ou prendre l'avion pour aller voir Sarkozy, ou Poutine, ou Ben Ali, ou n'importe quel autre dirigeant plus présentable. On peut prévoir que l'agenda du monsieur sera à rendez-vous variables et classé secret d'état.

C'est tout pour aujourd'hui, il faudra attendre encore un peu le jour où un nouveau Coluche créera des restaurants du cœur à l'intention des sus-nommés devenus SDF —si toutefois il se trouve quelqu'un pour faire l'aumône à ces gens-là sans haut-le-cœur.

6 commentaires:

Homer a dit…

Finalement, voici un bon résumé de l'actu. Et on s'étonne que ça rende les Français pessimistes...

solveig a dit…

Bravo le Coucou !
Il a suffi que tu t'empares de l'affaire pour que tout rentre dans l'ordre : Ben Ali a rendu les armes, ne se représentera pas après 2014, a rendu internet à ses utilisateurs et garanti la liberté de la Presse ...
Plus sérieusement, que penses-tu de tout ça ?

Nicolas a dit…

Mouarf ! Montrer l'Italie de Berlusconi en exemple...

Omnibus a dit…

L'immunité des élus pose des problèmes, c'est vrai, mais n'oublions pas trop vite que, à l'origine, c'était un grand principe démocratique. Le pouvoir judiciaire, prétendument indépendant, a souvent été très prompt à emmerder les hommes politiques qui dérangeaient.
Cela étant, je serais assez d'accord pour limiter l'immunité aux seuls parlementaires. (Mais rappelle-toi l'affaire Monica Lewinsky, montée de toutes pièces pour faire tomber un chef d'Etat dont le vrai crime était d'avoir voulu instaurer un système d'assurance maladie public. C'est pourquoi on a fini par instaurer un semblant d'immunité aux USA aussi — sinon on aurait déjà trouvé une affaire de mœurs ou autre prétexte bidon à coller dans les dents d'Obama pour les mêmes raisons.)
De toute façon, Woerth aurait dû déjà passer devant la Cour de Justice, pas seulement pour l'affaire de Compiègne, mais pour suspicion de corruption dans l'affaire Bettencourt.
Et l'opposition française a une fâcheuse tendance à s'écraser devant n'importe quoi. Exemple parmi d'autres : je suis pas sûr que la vente au privé des principaux axes routiers (à savoir les autoroutes) soit constitutionnelle. Pourtant, sauf trou de mémoire de ma part, y a pas eu saisine du Conseil.
Quant à la tolérance des hommes politiques français envers le Maroc et la Tunisie, j'ai entendu dernièrement une explication assez convaincante : ils sont nombreux à posséder des maisons là-bas et ils tiennent à préserver leurs vacances.

Le coucou a dit…

Homer, Solveig, Nicolas, Omnibus : merci de vos commentaires. Je suis désolé, mais je n'ai pas le temps de répondre. J'essaierai demain.

Le coucou a dit…

Me revoilà, je réponds donc à vos commentaires d'hier…

Homer,
il faut être optimistes, voyons: l'actualité nous donne d'excellentes idées.

Solveig,
ce que j'en pense ? Que ça va mal finir pour Ben Ali, hihi ! Je suis comme les économistes et les astrologues : plus à l'aise pour constater que pour prédire…

Nicolas,
la France de Sarkozy est-elle vraiment mieux ? Je ne trouve pas.

Omnibus,
le parlement de l'ancien régime avait fait des misères à quelques rois, mais je n'ai pas de souvenir historique du judiciaire outrepassant son rôle, du moins sous la République…
Pourquoi protéger les parlementaires, pour quel enjeu ? Il pourrait y avoir éventuellement deux ou trois machinations visant l'un ou l'autre, mais le dommage serait-il si grave, par rapport au scandale constitué par des malversations commises dans l'exercice d'un mandat ? Il devrait certes, y avoir quelques mesures de précaution, comme l'obligation de recevoir l'aval des autres parlementaires, mais à la fin et plus rapidement, ils devraient être jugés devant une cour normale.
Les affaires douteuses, comme celle des autoroutes cédées au privé, que tu donnes en exemple, seraient plus difficile à conclure en démocratie, avec l'initiative populaire d'un référendum…