jeudi 23 avril 2009

Graines de revolution ?

Au moment d'écrire ce billet, la manifestation des salariés de Continental à Hanovre s'achève peut-être, je n'ai pas d'information là-dessus… Ce sont ces salariés, victimes d'une violence patronale qui les laissera peut-être sur la paille, qui ont saccagé Mardi dernier le hall d'accueil de leur usine et la sous-préfecture de Compiègne, cédant à leur tour à la violence —symbolique, celle-ci, puisqu'aucun des maîtres de l'entreprise, ou représentant du gouvernement, n'aura à souffrir de ses conséquences.
Ces événements sont de la même nature que les séquestrations de dirigeants d'entreprises procédant à des licenciements, parfois accompagnés de délocalisations. On peut aussi les rapprocher des coupures d'électricité ou de gaz, et des actions surprise de certains agents d'ERDF et GDF, dont on avait depuis longtemps perdu l'habitude. Dans ce dernier cas, le ministre Brice Hortefeux encourage les victimes de coupures à porter plainte, sans doute persuadé que la justice du pays saura choisir le bon côté du manche dont on fait les matraques contre les révoltés…

Certains en haut lieu, craignent paraît-il, que ces insoumissions ne débouchent sur une explosion sociale majeure. Ainsi, hier, à la radio, un spécialiste des choses de la vie en société s'exprimait sur la révolution. J'ai oublié le nom du bonhomme et celui de sa spécialité… C'était un de ces types que l'on peut entendre ou lire chaque jour, disséquant tel ou tel aspect de la crise sans une once de compassion pour la douleur de ceux qui la subissent. Ce n'est pas leur rôle, vous me direz: si les médecins devaient sangloter sur leurs patients à chaque diagnostic de cancer qu'ils posent, on n'aurait pas forcément davantage confiance en eux pour autant. Sans doute, mais il arrive que les médecins nous soignent, alors que tous ces praticiens des conflits sociaux et de la crise font plus ou moins partie de ceux qui nous ont plongés dedans. Ils vivent du système, confortablement, et ne s'inquiètent que de le voir rétabli au plus vite, avec aussi peu de remises en question que possible.

Donc, ce monsieur était invité à l'antenne pour commenter la menace de révolution brandie par M. de Villepin. Il réfuta cette hypothèse —à la fois surprenante, venant d'un homme politique éminent, et cependant envisageable dans le contexte actuel d'exaspération galopante. L'existence d'une situation révolutionnaire supposerait qu'une ou plusieurs composantes organisées de la société souhaitent cette révolution, et la préparent dans un but précis. Ce pourrait être les syndicats, ou l'extrême gauche, mais cet homme remarquait avec justesse que ni les premiers ni la dernière n'œuvrent dans ce sens. On constate au contraire que les actions illégales ou violentes sont le fait d'une base débordant les syndicats quelquefois embarrassés à la soutenir…
Dans l'enchevêtrement de l'économie mondiale où nous a fourré le libéralisme, il faut reconnaître que l'on ne voit pas d'alternative au modèle capitaliste, capable du moins de le remplacer du jour au lendemain. Encourager les gens à plonger dans la violence serait irresponsable. Pourtant, ces choses-là ne se décident pas forcément. Qui dira ce qui peut sortir de la colère et du désespoir de millions de personnes privées de travail, précarisées par la destruction de notre protection sociale sous le règne de M. Sarkozy —face à l'opulence et au cynisme des privilégiés? Il faudrait demander aux historiens si les révolutions ne peuvent naître que d'une volonté planifiée, et jamais des contingences.
Image: Delacroix


PS. Nicolas Sarkozy, ce goujat mauvais joueur, n'a fait aucune déclaration officielle pour souhaiter l'anniversaire de Nicolas de la Comète, Chevalier du blog. Heureusement, d'autres ne l'ont pas oublié, l'honneur du pays est sauf.

10 commentaires:

peuples a dit…

On va être bientôt être obligé d'aller marcher. c'est bon pour la santé.

HERMES a dit…

Oui: il y a le cynisme du pouvoir en France. Mais aussi un système mafieux qui s'est emparé du capitalisme; comme il y a un fascisme rampant qui surfe sur la démocratie.l y a la France, je dirais heureusement en partie protégé par son peuple et ceux qui ont su le comprendre...Même chirac ne voulait pas aller trop loin, d'où sa popularité actuelle...Quand je suis en Irlande , en Grande bretagne ou aus USA, je me dis qu'on a échappé au pire. Et l'Euro va peut-être explosé mais on n'en sera pas les principales victimes...
Pas de quoi s'en vanter, mais résister encore et encore. Un monde politiqur s'ouvre, il s'invente sans que nous ayons conscience de ses contours et même de son centre.

MACAO a dit…

Je sais pour l'avoir lu ou entendu que nos dirigeants commencent à craindre des débordements des classes populaires !Mais, cette crise risque de changer énormément nos visions futuristes avec quand même de gros dégâts à venir!
Il serait vital à mes yeux de revoir rapidement l'ardoise de notre Pays et faire cracher au bassinet les fous du libéralismes!

Le coucou a dit…

Peuples, en effet, rien ne vaut un bon parcours du cœur.

Hermes, Dublin t'inspire! Il paraît en effet que la crise a touché plus rapidement Grande Bretagne et USA que nous. Ce n'est malheureusement pas pour ça qu'elle sera moins dure au final.

Macao, la peur pourrait aussi être bonne conseillère et inspirer au pouvoir des mesures de justice anesthésiantes. Mais il ne faut se leurrer : ce n'est pas en montrant sur la scène du guignol une poignée marionnettes transfuges de la gauche que la politique de Sarkozy changera de nature pour autant. Il faut juste espérer qu'on atteindra sans drame la fin du premier acte, en 2012, et qu'alors, on changera de répertoire…

mtislav a dit…

Ce sont les coups d'Etat qui résultent d'une volonté planifiée...

Monsieur Poireau a dit…

Le peuple fera comme bon lui semble !
Après tout, c'est lui déjà qui les mit au pouvoir, il peut aussi bien reprendre avant terme la conduite de nos affaires communes !
:-))

[Même pas peur, pour tout dire…].

Le coucou a dit…

Mtislav, je partage aussi cet avis!

Poireau, tu parles sagement, et qui vivra verra ! ;-)

BA a dit…

A lire : le mensuel L'HISTOIRE vient de publier son numéro du mois de mai 2009.

Ils ont choisi un dossier spécial parce qu'ils pensent que c'est un sujet d'actualité.

C'est un dossier spécial sur la Révolution Française.

Le coucou a dit…

BA merci de l'info !

Anonyme a dit…
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