vendredi 30 octobre 2009

Attention, président : fragile!

Il n'y a pas grand chose à dire sur le renvoi de Jacques Chirac en correctionnelle, sinon qu'on attendra la suite avec intérêt. M. Chirac n'est peut-être pas le pire des politiques ayant abusé du pouvoir —à vrai dire je n'en sais rien, il faudrait disposer d'un catalogue exhaustif des petites et grandes malversations de nos élus, et l'étudier en détails… Cependant il y a au moins une raison pour laquelle je trouve le jugement à venir opportun: c'est qu'il posera une limite à l'irresponsabilité présidentielle. M. Chirac a échappé aux poursuites, pour des faits antérieurs à son arrivée à l'Élysée, pendant toute la durée de ses mandats. Ses amis, la droite en général, trouveraient bon que l'immunité du président soit en quelque sorte prolongée à vie, sous prétexte de l'ancienneté des faits reprochés. Un président pourrait tout se permettre, ou presque, puisque devenu intouchable une fois élu, il entrerait dans une dimension où le temps acquerrait une valeur différente de celui des simples citoyens. Il est vrai que subir une longue présidence de droite, comme celle de Jacques Chirac, semble interminable… Néanmoins, c'est grâce au privilège de l'immunité de ce dernier que les poursuites ont été suspendues. Si les juges avaient eu la possibilité de lui demander des comptes au moment voulu, personne n'aurait pu invoquer un retour «en arrière» déplacé, ou un «acharnement».
M. Raffarin presque aussi inspiré que M. Lefebvre, se demande «pourquoi porter atteinte à la fonction présidentielle? Pourquoi encourager ceux qui s'attaquent à l'image de la France?»
Tout simplement parce que d'une fonction présidentielle conçue comme une succession de parenthèses monarchiques, voire despotiques, les Français ne veulent plus. Et parce que c'est en nettoyant la crasse politique de la France qu'on améliorera peut-être son image.

P-S. D'abord une triste nouvelle pour ceux qui aimaient bien suivre «Rénovation et pragmatisme»: Thym arrête son blog, il nous manquera.
Plus léger ensuite, je vous invite à lire des billets qui parlent du Kremlin des blogs, d'hier au soir: Hypos, PMA. Enfin, après une petite douche, vous reprendrez bien un peu d'identité nationale?

23 commentaires:

Eric a dit…

La petite limite à ton raisonnement c'est que Chirac est convoqué pour des faits datant d'avant ses mandats de président. Donc, en tant que président il ne lui est rien reproché, parce que, semble-t-il, il n'y a rien. Mais comme personne ne peut enquêter sur le président en place, tu vois ce que je veux dire. Comment saurait-on qu'il a fauté s'il l'a fait?

le-gout-des-autres a dit…

Je suis réservé quant au sort réservé à Mr Chirac (j'avouerais même que, quand on regarde les agissements de notre nabot énervé, on en vient à regretter Mr Chirac...).
J'en suis souvent à me demander, voyant l'avalanche de procès qui s'abattent sur les amis du précédent président et sur l'ancien président lui-même, s'il ne s'agit pas d'une répétition de ce qui arriva lors l'arrivée au trône de Salomon: Tous les anciens de la couronnes assassinés, tout comme les concurrents possibles au souverain...

Le coucou a dit…

Eric,
la nuance dont tu parles est contenue dans la phrase: «M. Chirac a échappé aux poursuites, pour des faits antérieurs à son arrivée à l'Élysée, pendant toute la durée de ses mandats»… Faute de temps, je n'ai pas développé, mais cela rejoint ton raisonnement. :-))
Le-gout-des-autres,
on pourrait en effet se demander si ces poursuites ne viennent pas de la maison Sarkozy. Mais les juges d'instructions ne sont pas aux ordres, comme d'autres. Il se peut, en revanche, que les obstacles dressés contre les poursuites soient moins efficaces… Tout de même, il faut retenir que le parquet demandait l'abandon des poursuites, dans le cas J. Chirac, et il n'est pas dit qu'il l'obtienne à la fin.

Nap a dit…

Bonjour,

"c'est en nettoyant la crasse politique de la France qu'on améliorera peut-être son image"

Il va falloir un Monsieur Propre alors ? ;o)

Sinon c'est effectivement sain de nettoyer... mais il serait également bon de "prévenir" et d'éviter que les hommes politiques se fourvoient dans des comportements délictueux.

Le non cumul des mandats (en nombre et dans le temps) fait partie à mon sens des mesures saines...

L'inéligibilité systématique pour les condamnations pénales (pour des faits exercés dans le cadre des fonctions électives, au minimum) serait également une mesure intéressante...

Il y en a sûrement beaucoup d'autres !
m'enfin,
@+
Nap

Nicolas a dit…

Le Coucou,

Je crois que c'est en commentaire de ton précédent billet qu'on parlait de la responsabilité du Chef de l'Etat. Il y a une différence entre "Chirac" et "Sarko". Chichi a dit : on verra après, quand je ne serais plus élu, ce qu'on fera de moi. Sarko s'accorde les plein pouvoirs et personne ne peut le contredire.

Comme j'ai bon fond, j'ai tendance à dire : "laissons tomber Chirac". Mais on ne peut pas laisser les plein pouvoirs à Sarko !

Le coucou a dit…

Nap,
nous sommes d'accord sur la prévention: la fin du cumul des mandats, l'inéligibilité à la suite de condamnations pénales (même cadre), sont des thèmes récurrents dans mon blog, je crois.
Bonne soirée!
Nicolas,
oui, Chirac disait on verra plus tard, persuadé que la planète politique continuerait à tourner carré, comme avant. Il s'est peut-être trompé…
Pour ma part, je trouve qu'il ne faut pas laisser tomber le cas Chirac, même si en effet il m'inspire à moi aussi moins d'hostilité que Sarkozy. Mettre un terme à l'immunité des présidents de la République passe par sa condamnation. (Surtout ne pas compter sur l'éventuelle modification proposée par les sénateurs: à tous les coups il s'agira d'une responsabilité réduite à l'extrême rareté.)

Nicolas a dit…

Le Coucou,

Il ne s'agit pas d'immunité : Sarko fait ce qu'il veut parce que les lois qu'il a fait voter le lui permet.

Je crois donc qu'il faut "sauver" Chirac parce que tant qu'on se concentrera sur lui, on oubliera les dérives de Sarko...

Et en plus, Chirac buvait de la bière.

jeffanne a dit…

Possible qu'il faille dépoussiérer mais pendant, ce temps-là, une sorte d'autoritarisme s'installe, à notre insu, chez un certain Président qui sait fort bien se protéger à coup de loi ou autres...
une revanche qu'il prend peut-être... cela signifierait-il qu'il se trouve parfait ???
Bonne journée...

Le coucou a dit…

Nicolas,
non, vraiment pas d'accord. Il suffit de voir la réaction du personnel politique de gauche à droite pour voir qu'en définitive ça les gêne que leur symbole, le président, rende des comptes. Il est urgent, indispensable, que Chirac soit jugé. Sortir le despotisme de Sarkozy pour demander l'indulgence pour Chirac, c'est indécent.
Protéger la fonction présidentielle est une obsession d'une certaine mafia politique, ne les aidons pas à ça!

Le coucou a dit…

Jeffanne,
tout ce qui peut réduire la morgue du personnel politique en général, de droite à gauche, est d'utilité publique. Pas question de faire des distinctions dans le degré de pourriture. Chirac est poursuivi par la justice dans une affaire qui n'a strictement rien à voir avec Sarkozy. Pourquoi mélanger?

Ferocias a dit…

Symboliquement on en est resté à l'impossibilité de s'en prendre au père. Seul Louis XVI y a eu droit. Depuis, c'est plus calme :)

Le coucou a dit…

Ferocias,
impossibilité légale de s'en prendre au père, oui, mais ce n'est pas l'envie qui en manque aux enfants!
C'est donc plutôt un rapport de force qui finira par s'inverser…

Monsieur Poireau a dit…

A mes yeux, il n'y a aucune raison valable pour qu'un président échappe à la justice. L'argument selon lequel il représente l'image de la France tombe de lui-même : je ne veux pas d'une image tachée !
:-))

Le coucou a dit…

M. Poireau,
si l'image du pays en sort ternie, ce sera par lui, à l'évidence. :-))

HERMES a dit…

Evidemment! Que Chirac soit traduit en justice, rien de plus normal dans une démocratie. Mais en France? Nous ne sommes pas en Norvège!Donc, manipulations, jeux dans les coulisses et, toujours, le citoyen comme spectateur imbécilisé. Je suis à peu près certain qu'il ne s'agit que d'un baroud d'honneur de la part des juges qui ont pour la dernière fois le pouvoir symbolique de décider... Magnanime, Sarkozy, grand prêtre de l'indépendance de la justice, passera l'éponge en lui sussurant ces paroles: "j'aurais pu te tuer!"
A moins que le goût du sang soit si fort chez lui qu'il en oublie ses propres intérêts... Heureusement, nous n'en sommes pas encore là!

Le coucou a dit…

Hermes,
baroud d'honneur, oui, certainement. On n'est pas près de revoir ça, une fois que les juges d'instruction auront été supprimés… Sur la suite par contre, toutes les possibilités sont ouvertes: un appel du procureur aboutissant à l'abandon des poursuites, un acquittement de J. Chirac en correctionnelle (sa culpabilité, ou le niveau de celle-ci restent à prouver), une condamnation avec sursis, mais sans doute rien qui relève de la grâce présidentielle…

Nicolas a dit…

Oui, le Coucou, mais comme je disais en commentaire à ton nouveau billet, ça n'est pas Chirac le président qu'on juge mais Chirac le maire. Mais je reconnais que j'étais bien indulgent, hier !

POISON-SOCIAL a dit…

Comme ex-maire ou comme ex-président, peu importe, il doit effectivement s'expliquer, il doit être un justiciable comme un autre.
Non pas que je n'aie pas un capital sympathie plus grand pour lui que pour celui que nous supportons en ce moment, et je ne suis pas le seul.
D'ailleurs, s'il est reconnu coupable, il s'en tirera probablement avec une pirouette, comme beaucoup.
Mais la symbolique est importante, sinon on accepte tout et n'importe quoi, et on plonge gentiment vers les pleins pouvoirs et l'amnistie absolue.

Nicolas a dit…

Poison,

oui. Mais le Coucou vient de consacrer deux billets à Chirac (ce n'est pas une critique, il en consacre beaucoup avec brio à Sarko). Chirac ne s'ai jamais octroyé tous les pouvoirs.

Ne pas se tromper de combat.

Le coucou a dit…

Nicolas,
en effet c'est le maire qui est accusé, mais c'est bel et bien le président et son immunité qui sont visés en réalité. C'est un président qui se retrouvera peut-être devant les juges -représentants des simples citoyens.

Poison,
je suis d'accord avec toi, la symbolique est essentielle ici. Et c'est un début vers la mise au pas indispensable du personnel politique dans son ensemble. Un signal fort qui lui sera envoyé. Pas étonnant qu'ils soient embarrassés, les politiques.

Nicolas,
c'est justement le BON combat, casser les dents à la présidence. Il n'y a de bon monarque qu'avec la tête coupée… Sarkozy ne fait que rendre plus évidentes les tares de la 5e République, mais aucun de ses prédécesseurs n'était vraiment beaucoup plus estimable. On pourrait trouver matière à les juger tous sans exception depuis le début —à titre posthume éventuellement.

POISON-SOCIAL a dit…

@ Nicolas
"Ne pas se tromper de combat"
C'est le même, Nicolas, je comprends bien ce que tu veux dire, et je suis même d'accord, c'est vrai que Chirac a agi différemment de sarkozy, mais il ne peut se planquer indéfiniment derrière son ex-fonction, il arrive un moment où il doit subir une décision de justice, même si c'est un non-lieu.
Et ce n'est pas pour ça qu'on ne se concentre plus sur Sarkozy, au contraire, c'est un avertissement clair pour le jour où il ne sera plus président.
D'ailleurs, Pasqua commence à se retourner contre Chirac (pour d'autres affaires que les emplois fictifs), et je le comprends, même s'il n'est pas un enfant de choeur. Lui et d'autres (Villepin) ont assez couvert comme ça mr Chirac, il est temps qu'il prenne ses responsabilités, même si bien d'autres ont fait pire que lui.
Il est temps de nettoyer un peu toute cette merde, d'où qu'elle provienne, gauche, droite ou milieu...

POISON-SOCIAL a dit…

"Pasqua commence à se retourner contre Chirac"
Ou alors, il le couvre, je ne sais plus, peu importe, il ne plongera pas tout seul, ce n'est pas du tout son genre,je ne sais qui a visé Pasqua pour que ça éclabousse bien plus de monde, mais "il" a trouvé le bon numéro.
Et comme par hasard, on fait revenir Chirac sur le devant de la scène judiciaire en même temps que Pasqua, je ne crois pas aux coïncidences.

Le coucou a dit…

Poison,
je te laisse sur ta réponse à Nicolas. De toute façon, je suis à peu près de ton avis sur ce coup là.