lundi 19 octobre 2009

La chèvre de M. Nicolas

Et aujourd'hui, alors, on va parler de quoi? Eh bien, de la chèvre de M. Nicolas, en hommage au trait d'Arnaud Montebourg, qui l'a mise en vedette. Ne cherchez pas un rapport avec la biquette blanche de M. Seguin, celui des «Lettres de mon moulin» et non l'autre, le président de la Cour des comptes, il n'y en a pas. Cela n'aurait d'ailleurs aucun sens, car A. Daudet avait écrit ce texte dans l'intention d'illustrer les risques de la liberté.
S'il est vaguement question dans mon propos de liberté, c'est surtout de celle qui se confond avec l'impudence: la liberté que s'octroie l'occupant de l'Élysée de favoriser l'ascension politique de son fils. M. Montebourg a raison lorsqu'il dit: «une chèvre pourrait être élue avec l'investiture UMP à Neuilly». Pour n'avoir rien trouvé à redire à la candidature de Jean Sarkozy dans leur circonscription, les électeurs de Neuilly me paraissent aussi stupides que s'ils avaient élu une chèvre. Et bien plus méprisables encore me semblent tous ceux qui, dans l'UMP locale, ont fait lâchement le vide parmi les concurrents possibles pour mettre politiquement en selle le fils du chef. On ignore si Nicolas Sarkozy est intervenu directement en sa faveur, mais qui pourrait douter de l'inutilité d'une telle démarche? Il suffisait au rejeton d'adhérer à l'UMP et de découvrir ses dents de louveteau, plein d'appétit, pour que les obstacles tombent. On peut penser que chacun a le droit de tenter sa chance, et qu'être le fils de Quelqu'un ne doit pas être un motif de rejet.
Depuis que la république existe ont perduré des complaisances héritées de l'Ancien Régime, notamment la facilité avec laquelle les proches de certains élus pouvaient bénéficier de leurs réseaux et reprendre le flambeau. Il y a des sortes de dynasties politiques de gauche et de droite, comme il y en a dans le monde des affaires, des lettres, de la musique… Qu'il y ait eu de nombreux Bach, pour m'en tenir au passé, ne me gêne pas ; en revanche, une lignée de personnages politiques me dérange. Notre république est trop loin d'avoir atteint le degré de perfection qui permettrait de sourire de ces mauvaises habitudes. Le sort qu'elle connaît entre les mains de M. Sarkozy suffit à démontrer sa fragilité.
C'est pourquoi le fils et le père me semblent mériter le même opprobre, non seulement pour s'être lancés dans la suite d'opérations qui a mené le jeune homme au Conseil général, puis à la quasi conquête de la présidence de l'EPAD, mais aussi pour faire si peu de cas de l'indignation ainsi suscitée. Du père, qui préside aux destinées de la France avec la délicatesse d'un ferrailleur sur son chantier de casse automobile, pas grand chose ne peut encore nous étonner, du fils, nous savons maintenant qu'il déboule dans la vie politique avec les mêmes manques de pudeur et de scrupules, la même frénésie de pouvoir. Ce devrait être assez pour que les habitants de Neuilly, s'ils ont une once de dignité, le renvoient à ses études incomplètes à la première occasion électorale.

P-S, j'aurais dû faire mon billet sur un sujet beaucoup plus intéressant que les inconduites de la maison Sarkozy: notre protection sociale. Un article du Temps, consacré à un entretien avec James Kenneth Galbraith, économiste et fils de son père (encore un), le célèbre économiste John Kenneth Galbraith, nous apprend que selon celui-ci, «la crise de la sécurité sociale est un mythe». Il estime «qu'un Etat, une nation, peut faire la distribution interne qu'il veut. Ce n'est qu'une question d'impôts et de dépenses»… Évidemment, il parle des USA, mais on ne voit pas pourquoi son opinion ne serait pas valide pour notre pays?

P-P-S. Bon anniversaire au blog de Poison Social et n'oubliez pas sa pétition! À lire aussi: les bons conseils du routard Hermes


11 commentaires:

POISON-SOCIAL a dit…

Merci , monsieur Coucou !
:))

Stef a dit…

C'est vrai qu'on aurait envie d'écrire des billets sur bien d'autres de nos préoccupations, mais ces frasques politiques restent incontournables...

Et encore Bonn anniv de blog au putassier :)

Le coucou a dit…

Poison,
c'est vraiment un plaisir!

Stef,
eh oui! l'actualité est devenue visqueuse, collante, on la traîne des jours comme un chewing-gum sous les semelles.

POISON-SOCIAL a dit…

@ Stef
Merci :)

Le coucou a dit…

Poison,
quelle énergie!

Pierre a dit…

Qui a dit :

« Je pense que je suis plus influent et efficace que si je fais une chronique dans Libé. »

« Et si Facebook réalisait plus vite, moins cher et en nombre l'idéal maçonnique ? »

« Hé Pov'con Gandrange, tu t'en souviens? »

« Benoît est jeune et beau. Personne ne le connaît vraiment, mais il est propulsé par Emmanuelli que tout le monde connaît mais qui n'est ni jeune, ni beau »

« La profondeur du champ médiatique se réduit considérablement… Avec Dieudonné, on oublie déjà qu’Obama vient d’être élu »


Pour le savoir, lisez le Blogs, Médias sociaux et Politique
http://www.les2encres.com/pages/ouvrage.php?template=ouvrage_detail&ouv_id=222

BA a dit…

L'affaire qui pourrait faire exploser Sarkozy, Balladur et toute leur mafia :

Affaire de Karachi : la Direction des Constructions Navales confirme la piste de rétrocommissions en France.

http://www.mediapart.fr/article/offert/cf9dde56c3421bc95c3186b4e77456e2

babelouest a dit…

Pour juger un Nicolas, prenons-on donc un autre : Boileau. Quelques citations :
* De L'Art poétique (1674)

Avant donc que d'écrire, apprenez à penser (Chant I)

Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément. (Chant I)

Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,
Polissez-le sans cesse, et le repolissez,
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. (Chant I)

Un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire. (Chant I)

Il n'est point de serpent ni de monstre odieux,
Qui par l'art imité ne puisse plaire aux yeux,
D'un pinceau délicat l'artifice agréable
Du plus affreux objet fait un objet aimable. (Chant III)

Soyez plutôt maçon, si c'est votre talent. (Chant IV)
Entre vivre et accepter de vivre, il y a un fossé (Chant V)

J'aime particulièrement la quatrième citation. Boileau était un divinateur....

Le coucou a dit…

Pierre,
je n'ai pas bien compris la nature du blog recommandé, sauf qu'il s'agit du catalogue d'une maison d'édition ?

BA,
toujours aussi bien documentés, tes commentaires! Merci pour l'article offert.

Babelouest,
merci de ce florilège…

Monsieur Poireau a dit…

Il en est à considérer qu'élu, le pays devient sa chose, un truc dont il dispose à sa guise et suivant son bon plaisir. Les dernières fois où cela s'est produit, le peuple n'a pas beaucoup apprécié !
:-))

Le coucou a dit…

M. Poireau,
le réveil du peuple, c'est toute la question… Peut-être vivons nous des temps nouveaux, où la crise, la peur du lendemain, assoupissent les gens?