jeudi 4 décembre 2008

2- Nicolas 1er va en classe

Résumé: Lorsqu'il était petit, le bien-aimé Nicolas 1e voulait déjà faire autocrate quand il serait un peu plus grand.

J'admire les gens qui ont de la suite dans les idées, comme le Bien-aimé… Je tiens d'une source confidentielle qu'à l'âge de quatorze ans, après avoir passé son CAP, ou certificat d'antimarxisme primaire, il bluffait ses condisciples de classe par ses talents de meneur. Nicolas savait faire feu de tout bois. Ainsi, en cours de démagogie, dont il raflait les meilleures notes, réussit-il un jour à transformer un simple devoir en véritable profession de foi. Le prof avait donné comme sujet d'examen blanc : «Imaginez que vous vous présentez à vos camarades comme candidat à l'élection du délégué de classe…» La copie du jeune Nicolas a malheureusement disparu, mais selon mes informations, elle véhiculait un discours que je résumerai sommairement ainsi : «Moi, je vous le dis, mes poteaux, si je suis élu, y aura plus de redoublants dans cette classe. Terminé. Parce que c'est injuste de faire redoubler un gars ou une nana qui sont venus chaque jour en boîte, même si ça caillait ou s'il faisait trop chaud. L'assiduité au travail mérite le respect, surtout quand on pense que les feignasses des ZEP, pendant ce temps, font le mur comme ils veulent pour aller à Roland Garros! J'ai bûché la question à fond, et en plus, le prof de menterie et la prof d'échecs m'ont à la bonne: on aura la majorité au conseil. Votez pour moi, et j'exigerai aussi qu'on nous donne une heure de sport en plus, à la place d'une de français. Parce qu'il faut voir la vérité en face, mes poteaux: la Princesse de Clèves, à quoi ça nous servira dans la vie? Hein, je vous le demande?» Le Bien-aimé, me dit-on, sut à merveille exploiter la lecture de son devoir à haute voix, et capitaliser la sympathie des élèves qui en résulta. Si bien qu'il fut élu haut la main délégué de classe à la rentrée suivante, au nez morveux du grand Jacquot qui s'accrochait à cette place depuis l'entrée en 6e —section autocratie.
D'aucuns prétendent que des copines enamourées lui attribuèrent dès cette époque le surnom de Bien-aimé, en vertu de je ne sais quelle ressemblance avec Louis XV. Inspiration de mauvais augure, si je puis me permettre, quoique notre Nicolas 1er jouisse encore à cette heure de la popularité inhérente aux débuts de règne. Il ne faut pas oublier que le frivole Louis XV, s'il débuta comme roi sous le pseudo de Bien-aimé, acheva sa carrière dans la détestation générale.
La suite un de ces jours.

PS. Je n'ai pas eu le temps de visiter plusieurs blogs aujourd'hui, seulement Eaux dormantes, toujours très agréable, et que je vous recommande!

5 commentaires:

walkingthedog a dit…

C'est vraiment très bon, à mon humble avis bien sur. Une fiction qui ré-invente le passé à partir du présent. Succulent.

Sylvie a dit…

Merci m'sieur le Coucou :-) Ce blog est surtout alimenté par d'autres écrits que les miens en ce moment mais on ne peut pas être au four et au moulin... Bonne nuit à toi.

Tulipe a dit…

Que Nicolas 1er soit l'objet d'une détestation générale, avant la fin de son règne si possible, c'est tout le bien que je lui souhaite.

daudavendauth a dit…

La Princesse de Clèves ? Une lecture intéressante et forte qui aura inspirée plus d'un réalisateur. Indispensable dans la vie, si ce n'est aux yeux de la cours de Nicolas I, à tout le moins, aux miens.

Étrange cette impression de déjà-vu, ce Nicola I serait-il une vision paramnésique d'un certain Napoléon le petit, croqué il y a longtemps par Victor Hugo ?

Le coucou a dit…

Walk, ton commentaire est très bon, vraiment!
Sylvie, j'aime beaucoup l'atmosphère de ton blog, et les textes sont en tout cas bien choisis! Merci de ta visite.
Tulipe, nous sommes du même avis, encore!
daud, bonsoir! On ne comprend pas l'acharnement de ce monsieur contre cette œuvre. Mais son inculture finira par devenir proverbiale…
Quand à Nicolas 1er, il est vrai qu'il est politiquement plus proche de Napoléon le petit (lequel était de taille normale, je crois) que Napoléon 1er qui lui, était petit… ;-)