mardi 27 octobre 2009

Avis de recherche: notre identité nationale

Au début —le début du début étant toujours sujet à discussion, c'est d'un début parmi d'autres possibles qu'il est question ici—, on ne sait pas comment s'appelait notre pays. Aucune fouille n'a encore permis aux toponymologues de trouver le nom fossilisé de la mère patrie. On peut supposer que ce devait être quelque chose comme «là où je fais mon feu», «la Grande grotte», ou «Chez moi»… Les Français de ce temps là ne savaient pas écrire, ils étaient affublés d'une arcade sourcilière en visière, préfigurant l'avancée du futur béret que le monde entier nous visse sur la tête en imagination. Ils parlaient une langue néandertalienne dont on ne connaît pas non plus grand chose. Puis rappliquèrent les Cromagnons, qui squattèrent bientôt les meilleures cavernes. D'après les scientifiques, il n'y aurait pas eu de métissage entre ces deux espèces de Français pré-historiques, mais personnellement j'en doute, au souvenir de certains faciès rencontrés chez mes compatriotes. Après eux, sans affirmer que personne n'est oublié, accoururent les fameux Celtes, du fin fond d'une région mystérieuse. Enfin, nous entrons en terrain plus solide, puisque c'est à ce moment que notre patrie est rebaptisée: la Gaule et ses habitants les Gaulois. Personne ne pouvant attester avoir passé un fil à couper le beurre entre une gauloise et l'un des lointains descendants des Cromagnons précités, il est probable que les accouplements entre Chezmoisiens de souche et Gaulois immigrés furent nombreux. Survinrent les Étrusques, les Romains, les Vandales, les Ostrogoths, les Burgondes, sans compter des clandestins passés inaperçus, les Huns, et, bien entendu, les Francs. De ces derniers, on sait plein de choses, notamment qu'ils inventèrent un système d'ascenseur archaïque appelé «pavois», qu'ils nous convertirent au catholicisme, et qu'ils comptaient en anciens francs. Mais bien d'autres voyageurs s'invitèrent encore dans notre chez nous, comme les Bretons, les Arabes, les Vikings. Entre les diverses tueries, ce fut une longue suite de joyeuses copulations qui nous amenèrent petit à petit à ce que nous sommes devenus aujourd'hui. Manquent à ce grossier tableau bien des mouvements de populations, telles que les immigrations de la pauvreté ou de la guerre à l'époque moderne: les vagues italiennes, polonaises, espagnoles, portugaises, maghrebines, etc. Depuis la nuit des temps, chaque nouvelle ethnie qui a fait souche sur le sol où nous vivons a apporté quelque chose à une culture qui ne cessait d'évoluer. Parfois ce quelque chose était beaucoup, parce que l'arrivant était un conquérant qui imposait sa loi. Parfois c'était peu: quelques coutumes, des mots, des recettes de cuisine —trois fois rien qu'il n'est pas aisé au premier venu de repérer dans le fond commun. Chaque fois, de ces apports, la population plus ancienne retenait ce qui la séduisait ou ce qu'elle apprenait à adopter au fil de longues années. Les nouveaux venus faisaient de même et oubliaient une partie de leur bagage… C'est ainsi que la France s'est faite. Comment pourrait-on définir ce que nous sommes réellement, les Français?


P-S. J'ai décidé de m'amuser à réfléchir (très peu) sur ce thème, parce que j'aime bien ça aussi, m'amuser. Il y a des sujets plus importants, comme le chômage, la pauvreté, le tabac, la chaude-pisse, mais ce soir, il se trouve que ces sujets m'emmerdent. On trouvera largement, ailleurs sur la blogosphère, de quoi s'affliger et se prendre au sérieux, si l'on aime ça.


10 commentaires:

Gwendal a dit…

Salutaire vision que la tienne mon cher Coucou... Merci pour ce texte.

Monsieur Poireau a dit…

C'est une vraie réussite que l'immigration en France et je ne vois pas de quoi on se plaint. Regarde tous ces polaks et ces ritals étrangers honnis hier qui aujourd'hui sont prêt à défendre notre sang national contre des étrangers honnis !
:-))

[Ah oui, d'où venez les celtes, bonne question ! Je m'intéresse un peu au peuplement païen de l'Europe dans les premiers âges de l'Histoire. Pas trouvé beaucoup de source sur le sujet ! :-)) ].

Eric citoyen a dit…

Pan sur le bec !

Bravo

@ +

Bésitos

Nap a dit…

Bonjour,

Le problème c'est qu'à trop réfléchir sur le sujet... on devient soit ultra nationaliste soit internationaliste... parce que le juste milieu est difficile à trouver (n'existe pas ?).

En ce qui me concerne, j'aurai plutôt tendance à pencher pour la deuxième solution (avec la fameuse définition : je suis (Région), Français, Européen et habitant du Monde)

m'enfin,
@+

Julien a dit…

et en plus y a de bonne raison biologique, tout ces mélanges ça revigore l'ADN collectif! On devient tous plus beau et zintelligent! Y'a qu'a me regarder: duo de ravioli suèdo-indien agrémenté de sauce helvetico-romande et d'un zest de gaulois. Bonne appétit ;-))

Epamin' a dit…

Quel bonheur de trouver ici, en mots choisis, amusants et imagés (clap, clap, clap!), ce que je dis à mes élèves depuis des années pour écrabouiller la notion de "français de souche".
Ce thème de mélanges ethniques devait être l'objet d'un futur billet de mes esperluettes mais après un texte pareil, cela me semble difficile de sortir un truc bien...

Merci pour ce moment d'histoire et de divertissement!

Henry Cow a dit…

Je vois pas le problème de redonner la fierté aux habitants de ce pays d'être Français!

madame.b a dit…

Suis-je encore française ? Ma mère, née de parents immigrés ukrainiens, n'a eu la nationalité française qu'à l'âge de 11 ans...
Je dois faire prochainement une demande de passeport, ça sera le test!
En attendant, réécoutons Georges Brassens chanter "Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part".

Epamin' a dit…

Bien sûr qu'il faut encourager les gens à être fier de leur identité française mais en précisant bien que cette identité est le fruit de nombreux et permanents mélanges et qu'aucun peuple n'est supérieur à un autre.
(Mon petit tour l'an dernier au musée des Arts premiers à Paris m'en a donné mille et une preuves!)

Le coucou a dit…

Gwendal,
elle me semble très banale par son évidence, cette vision…

M. Poireau,
la France a été depuis toujours à la croisée de toutes les migrations… Nous en sommes pétris…
J'ai passé mon enfance dans une ville minière, un creuset où se côtoyaient Italiens, Polonais, Espagnols, Français…
(les Celtes… Aucune idée de leur provenance "indo-européenne", ils sont peut-être arrivés en soucoupes volantes?)

Eric,
merci et à bientôt!

Nap,
je partage aussi très volontiers la définition: Français, Européen, citoyen du Monde… Merci de ta visite!

Julien,
voilà une belle démonstration par l'exemple! En fait, tu es un Indo-Européen moderne… Moi, je suis un Celto-Rouergat mâtiné d'Italien, je crois, et ma femme une Franco-Péruvienne-Cubano-Espagnole-etc.

Epamin',
Tant mieux si nous nous retrouvons encore, mais surtout, ne renonce pas à ton billet! Il y a tant de choses à dire là-dessus, autrement profondes que mon amusette…

Henry,
tout dépend de quelle fierté vous parlez… Je ne crois pas que les Français soient globalement honteux d'eux-mêmes. Nous sommes tous le produit de brassages de populations à travers les siècles, et nous pouvons être fiers de notre Histoire.

Madame.b
C'est en effet un test, j'ai entendu parler d'un cas proche du vôtre qui avait donné lieu à une longue bagarre administrative. J'espère de tout cœur pour vous qu'il n'en sera rien!

Epamin',
je me range à ta réponse à Henry, qui me semble parfaite…