samedi 14 novembre 2009

La République de Nicolas Sarkozy

Cette semaine notre président, qui n'est jamais aussi grand que lorsqu'il monte sur les épaules de Charles de Gaulle, et n'a d'aussi hautes vues qu'en s'exprimant à la montagne, notre président a livré sa conception de l'identité nationale. C'est du moins le sentiment que ses conseillers en communication voulaient sans doute nous transmettre, mais la réalité fut décevante.

On s'en doute, de Gaulle aurait mis sa maîtresse, la France, au sein de cette identité nationale, un idéal désincarné, réceptacle du génie de notre peuple. Je n'ai jamais eu l'impression, de son vivant, que sa France était pétrie de Français, il n'avait qu'une médiocre opinion de la masse de ses compatriotes.
De ce point de vue, je me sens un type dans son genre, en plus petit, bien sûr, mais je m'égare.… D'autant que ma France idéale est très Suisse —raison pour laquelle je ne me suis guère étendu sur le rêve français, sujet de mon billet d'hier.

Donc, Nicolas Sarkozy, dont la relation à la mère patrie est vraisemblablement moins passionnelle que celle de son illustre prédécesseur, place pour sa part «la République» au cœur de l'identité nationale. S'il s'agissait des valeurs républicaines, et de l'héritage de la Révolution que l'on peut résumer par notre devise: liberté, égalité, fraternité, on pourrait presque applaudir. Presque, parce qu'il ne faudrait tout de même pas oublier que M. Sarkozy mène une politique qui met peu ou prou à mal chacun de ces termes. Cependant, la République se résume pour lui à autre chose: la souveraineté de la nation, l'autorité, l'égalité des chances, le travail, la laïcité…

On remarque d'emblée qu'il place un repeint de pudeur sur la souveraineté du peuple, en collant la nation à la place de celui-ci, un concept impeccable, certes, mais un peu glacial et de connotation ombrageuse, qui ne parle guère à l'esprit des gens.
C'est qu'il ne s'agirait pas que les Français se prennent pour les vrais patrons.

L'autorité: on ne sait où il a été pêcher cette valeur républicaine, mais incontestablement, M. Sarkozy sait en user et en abuser.
Sur l'égalité des chances, on connaît aussi sa ferveur: ce n'est pas parce que l'on est trop bien né que l'on a moins de droits que les autres.
Le travail: la république appartient à ceux qui font des heures supplémentaires, surtout le dimanche.
La laïcité: après l'avoir voulue positive, et considérablement diminué le nombre et les moyens de ceux qui sont les premiers en charge d'en inculquer les principes aux jeunes Français, les enseignants, M. Sarkozy s'est soudain avisé qu'il existe un phénomène ultra minoritaire, le port de la burqa, à dénoncer. De quoi recouvrir d'une mousse épaisse le renforcement continu de l'enseignement privé religieux au détriment de l'Education nationale.

Si l'on se rappelle ses précédents propos sur les valeurs de la famille et de la terre, mon entrée en matière est déplacée. Ce sont les mânes de Pétain qu'il faudrait plutôt convoquer ici.

P-S. Comme le temps m'a manqué pour lire des blogs, je vous conseille une visite chez Yann, qui nous propose une revue de la semaine, sans oublier Défaut d'entrain, le dernier texte de Marie-Georges, de retour au clavier.


7 commentaires:

BA a dit…

Ce sont les mânes de Louis XVI qu'il faudrait plutôt convoquer ici :

« Air Sarko One » : un palace flottant à 20.000 euros l’heure de vol.

C’est passé assez inaperçu la semaine dernière. Dans la nuit du jeudi 5 au vendredi 6 novembre, l’Assemblée nationale a voté des crédits à hauteur de 185 millions d’euros pour l’achat et l’aménagement d’un avion A330 réservé aux voyages présidentiels.

Le ministère de la défense devra supporter ces dépenses même si, et les députés de la majorité y ont pris soin, l’avion sera exclusivement utilisé par le président de la République.

Philippe Leymarie dans son blog Défense en ligne hébergé par le Monde diplomatique est assez époustouflé par le petit Elysée volant que l’on prépare pour Nicolas Sarkozy : “ l’Air Force One français comprendra un poste de transmissions dernier cri, des installations médicales, une salle de réunion, un bureau, une chambre à coucher avec salle de bains, un système de leurres antimissiles, etc. L’avion présidentiel ne sera cependant pas disponible avant la fin de l’année prochaine.”

“ Problème, selon Philippe Leymarie, : cet appareil… sera unique, c’est-à-dire forcément indisponible à un moment ou un autre (voir le cas du porte-avions Charles de Gaulle !). Et l’heure de vol passera à 20.000 euros en moyenne (contre 12.000 sur A319).”

http://veilleur.blog.lemonde.fr/2009/11/14/%c2%ab-air-sarko-one-%c2%bb-un-palace-flottant-a-20000-euros-lheure-de-vol/

Monsieur Poireau a dit…

Ca n'a peut-être rien à voir mais je pense que si. On a vu cette semaine Sarkozy remettre la légion d'honneur à Dany Boon et à cette occasion, le discours qu'il y sert est fort révélateur de sa manière de penser. Mépris des petits, moquerie envers le bas peuple, tout y est clairement exprimé !
On trouve la video chez Birenbaum :-))

[Je suis bien embêté avec ton tag sur Ma France… Pas d'idée, je creuse dans le vide !!! :-)) ].

Le coucou a dit…

BA,
Hou ! Grand merci de ton commentaire qui me fait remarquer la faute d'orthographe à mânes, tellement énorme qu'elle m'avait échappé! Sinon, on n'a pas fini de parler du jouet de Nicolas, je crois… Il ne l'aura même pas pour Noël, si je comprends bien, c'est triste.

Le coucou a dit…

M. Poireau, tu es passé pendant que je répondais à BA, et je m'absente… Je répondrai plus tard.

Yann a dit…

Merci pour ce très beau lien et pour cet excellent billet !

Le coucou a dit…

M Poireau,
je viens de regarder la vidéo, en effet, c'est très révélateur…
(Pour ta France, laisse-la tomber: après tout tu es en exil!) ;-)

Yann,
c'est toi qu'il faut remercier, voyons! Bon dimanche!

Tolk a dit…

"Grand débat sur l'identité nationale" ? Certains ont peut-être raison de souligner que tout cela semble en retard d'une époque, celle où la modernité avait encore une "solidité" : http://yannickrumpala.wordpress.com/2009/11/14/%c2%ab-identite-nationale-%c2%bb-un-debat-en-retard-d%e2%80%99une-epoque/