mercredi 25 novembre 2009

Nicolas 1er en banlieue

Ma chère femme,
je rentre d'une mission périlleuse, et comme tu vois, ma chambrée et ses punaises à peine retrouvées au corps de garde du palais, c'est vers toi que se tournent mes pensées. Ça n'est pourtant pas facile, crois-moi, de me transporter vers ta fraîche personne qui sent bon le Nina de chez Bibalchy que je t'ai offert, avec le maréchal-chef Furet qui vient de se déchausser à côté . Je ne sais plus si je t'ai déjà mise au courant, mais il sent des pieds.

Donc, on était hier en mission de protection de l'Empereur, qui est complètement génial comme c'est écrit sur les affiches, affirmatif, mais aussi des fois d'une témérité effrayante. Figure-toi qu'il avait décidé de faire une visite surprise officielle en banlieue. Bien sûr, le bon Saint Henri et le Sapir des choses du dedans avaient pris, depuis quinze jours au moins, les mesures d'urgence qui s'imposaient : interdiction de vendre, d'acheter, et de transporter des œufs et des tomates dans la zone, sélection d'une foule pour l'arrivée, avec plusieurs répétitions au stade du coin, etc. N'empêche, on a beau savoir que personne n'a le droit de porter des chaussures dans notre pays, on n'est jamais à l'abri d'un kamikaze qui balance un œuf de contrebande ou une pantoufle au dernier moment. C'est traître, la pantoufle, ça échappe au détecteur de cuir et au flair des chiens.

Heureusement, quand le cortège de l'Empereur est arrivé, tout s'est passé nickel, pas une bavure. Nicolas 1er était très calme, souverain comme il dit l'autre du Journal. Pendant que la télé filmait, Sa Majesté a échangé quelques mots avec la foule que commandait l'adjudant Duval en costume de père de famille.
Après ça, il est entré au commissariat de police où étaient convoqués les représentants de la population qu'il voulait rencontrer. Rien que des Franchois de première qualité, des commerçants, des propriétaires. Ce genre, tu vois… Il fallait que j'ouvre l'œil, alors je ne l'ai écouté que d'une oreille, ma mauvaise, la gauche comme tu sais, mais je l'ai entendu dire qu'il fallait développer encore plus la visusurveillance.

«Dans tous les endroits qui ont la visusurveillance, la sécurité progresse, qu'il a dit. Y a des pays comme la Chine qui ont un soldat de visusurveillance pour 10 habitants. Mon objectif, c'est qu'on arrive au plus vite chez nous à un homme de garde, nuit et jour, pour deux Franchois. Ils prendront le train avec leurs suspects…, non, leurs protégés. Et si c'est des enfants qu'ils surveillent, eh bien, ils iront en classe avec, ça les fera réviser!» Quel type, quand même, hein, Sisi?
Il est temps pour moi d'inspecter le lit avant de dormir, les punaises en profitent pour pondre chaque fois que je m'absente. J'espère que tu écoutes mes conseils et que tu n'ouvres à personne, surtout pas au facteur: y a pas pire pour refiler la grippe cochonne à tout le pays! Je t'apporterai de quoi renouveler le stock de conserves à ma prochaine permission.
Ton Loulou qui t'embrasse.

P-S. À propos du débat sur l'identité nationale, que j'ai effleuré hier, c'est en définitive chez Hypos que j'ai trouvé les réflexions les plus revigorantes…

5 commentaires:

Homer a dit…

Cette missive reflète bien les soucis et la mise en scène qui se tramaient au détour des ruelles de banlieue, en l'an de grâce 2009.
Toujours très à propos !

Gwendal a dit…

Impeccable... Comme toujours lorsqu'il s'agit des histoires du royaume des Franchois ! Bravo !

Monsieur Poireau a dit…

Mais c'est sans doute pour distraire Lala qu'il veut ainsi des images video de tout le monde. Faut dire que Tf1, ça va cinq minutes !
:-)))

hypos a dit…

Merci pour le compliment cher coucou !

Le coucou a dit…

Homer,
c'est aussi que toutes les banlieues du monde se ressemblent. Le modèle en revanche ne ressemble à personne.

Gwendal,
merci, bien qu'il me semble que dans les hauts et les bas de cette chronique, celle-ci ne s'élève guère…

M. Poireau,
c'est probable. Une inépuisable source de téléréalité, de quoi chauffer les longues soirées d'hiver au salon. Ça vaut bien une télé de maçon.

Hypos,
c'est à prendre à la lettre, puisque j'ai trouvé dans ton billet de quoi revenir à l'essentiel. Donc merci à toi!