mardi 6 janvier 2009

Edition jeunesse: La Charte montre les dents!

Les écrivains ne se fâchent pas souvent pour la défense de leurs droits, les illustrateurs non plus —du moins publiquement. Trop individualistes, trop fragiles aussi, lorsqu'ils font gagne-pain de leur travail. Cette observation me semble surtout valable dans le domaine de la littérature générale, où les auteurs sont plus enclins à se surveiller confraternellement qu'à s'épauler. Elle est moins vraie en ce qui concerne la littérature pour la jeunesse, dont les acteurs se sont révélés au fil des ans beaucoup plus indociles que l'on aurait pu l'attendre d'eux.
Ainsi, l'association de La Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse existe depuis bientôt 34 ans. Forte aujourd'hui de 850 membres, elle peut se flatter d'avoir brisé leur isolement et souvent amélioré leur sort.
Si je parle de cette association aujourd'hui, c'est que la Charte est en colère contre deux maisons d'édition et a décidé de le faire savoir. Les cibles: les éditions du Baron Perché et Vilo Jeunesse, appartenant toutes deux au groupe Vilo (1). La raison? Ce sont des droits d'auteurs non versés, des droits de prêt en bibliothèque non redistribués, alors qu'ils ont pourtant été encaissés. Malgré les réclamations des auteurs concernés et l'intervention d'avocats, Le Baron Perché et Vilo Jeunesse ne respectent pas leurs obligations contractuelles.
Des créateurs ont travaillé des semaines durant, leurs éditeurs en ont tiré profit. Alors que l'on paie au boulanger son pain, on ne rétribuerait pas l'ouvrage de l'écrivain, du dessinateur? Croit-on que ceux-ci se nourrissent du plaisir de la création, laquelle serait exempte d'effort et d'épreuves?

«La Charte organise un sit-in, le jeudi 8 janvier 2009, à 15 heures, siège social de Vilo éditions, 91 bis rue du Cherche-midi, 75006 Paris.
Les auteurs liront des extraits de leurs ouvrages publiés au Baron Perché et chez Vilo Jeunesse.»

Il fera froid, c'est à prévoir… Ils ne seront peut-être pas nombreux… Alors, que vous soyez auteurs, artistes, journalistes, libraires, bibliothécaires, ou parents attentifs aux lectures de vos enfants: si vous êtes libres ce jour là, venez les soutenir de votre présence!

(1) Le groupe Vilo, c'est : Les éditions de l’Amateur, Le Baron Perché, les éditions du Collectionneur, la Côte de l’Armateur, les Créations du Pélican, Hervas, les éditions Complexe, l’Insolite, Marval, Pouchet-plan net, Ramsay, Terrail, Vade Retro, Vilo éditions, Vilo jeunesse.

8 commentaires:

Gaël a dit…

c'est t'honteux !surtout que d'écrire pour la jeunesse doit pas être des plus lucratifs (sûrement un grand plaisir par contre)

walkingthedog a dit…

Et les recours ne donnent rien?

Tulipe a dit…

une bonne chose cette charte et combien importante la littérature jeunesse!
un grand plaisir pour la lectrice adulte que je suis.

j'espère qu'il y aura du monde quand m^me et des répercussions.

stef a dit…

Si en plus les maisons d'édition ne payent plus leurs auteurs, à quoi servent-elles ? Je sais que le support papier restera parce que plus noble et que souvent un bon livre bien relié est un bel objet, mais le livre numérique va se développer de plus en plus. Cela aura peut-être l'intérêt d'assainir le marché du livre, avec une baisse des prix qui profitera aux consommateurs.

Marie-Georges Profonde a dit…

C'est vraiment très intéressant, j'ignorais tout cela. Merci d'en avoir fait un billet et honte sur eux !
Déjà que les illustrateurs et auteurs vivent de pas grand-chose : souvent de gains annexes comme de rares prix à des concours de création ou des interventions dans les écoles (de moins en moins possibles d'ailleurs, économies bien sûr faites ici aussi sur le dos des artistes, de l'imaginaire et de la création )...

Le coucou a dit…

Merci à tous de vos commentaires! Je fais une réponse collective, un peu en vrac…
J'ignore si c'est encore le cas, mais l'édition pour la jeunesse était relativement florissante jusqu'à une époque récente. Relativement, parce que l'édition n'est pas une industrie comme les autres. Les groupes les plus forts, les éditeurs les plus importants feraient figure de nains, d'un point de vue économique, si on les comparait à d'autres secteurs de l'industrie. Par exemple au secteur du luxe, puisque certains assimilent le livre, la lecture, à un luxe —c'est un autre débat.
Les auteurs jeunesse bénéficient [bénéficiaient] de quelques privilèges, comme le fait que leurs ouvrages ont des tirages importants, que les livres restent plus longtemps en librairie, et qu'ils ont souvent l'occasion de rencontrer leurs nombreux lecteurs.
En revanche, les droits d'auteurs sont fréquemment inférieurs à ceux accordés dans la littérature générale. Un déséquilibre que compense plus ou moins la pratique d'animations et rencontres rémunérées en milieu scolaire.
Je ne connais pas les détails du conflit évoqué dans mon billet, mais il me paraît ressembler à beaucoup d'autres, et témoigne du ras-le-bol où sont parvenus les créateurs de ce milieu. (Au passage, j'aimerais dire à Stef que le prix du livre n'a pas à être assaini : il est grosso-modo équilibré. Et s'il faut parler de consommateurs plutôt que de lecteurs, peut-être serait-il intelligent de comparer le prix d'un jeu vidéo avec celui d'un livre, susceptible, avec un peu de chance, de devenir le compagnon d'une vie).
Des auteurs et illustrateurs se trouvent donc dans le cas évoqué ici, face à des éditeurs ayant bouclé leur comptabilité 2008, et qui cependant n'ont pas encore versé des droits d'auteur, des à-valoir également, correspondant à l'année 2007! Les sommes en jeu sont vraisemblablement trop faibles pour intenter une action en justice, mais cependant essentielles pour ceux qui ont besoin de ne rien perdre de leurs droits éparpillés chez divers éditeurs…
Un bref exemple encore, vu du côté écrivain: un roman pour la jeunesse, cela peut représenter un, deux, trois mois d'écriture, ou plus, jour après jour. Sans savoir si, à terme, l'éditeur acceptera de courir le risque de publier le travail achevé. Cela fait partie de la "règle du jeu" admise par l'auteur, moyennant quoi il est intolérable que le contrat d'édition ne soit pas scrupuleusement respecté.

Cécile Roumiguière a dit…

Bonjour,
On était plus de 50 chez Vilo, un succès pour un métier de solitaires ;-)
Je vous joins l'adresse du site de la Charte, vous y trouverez un compte rendu de cette opération :
http://www.la-charte.fr/metier/vilo.html

Le coucou a dit…

Bravo! J'avais déjà lu le compte-rendu sur le forum, c'est bien de le rendre public!