mardi 7 juin 2011

Pour une 51 ème proposition au rapport Ciotti

Le rapport sur la détention, d'Éric Ciotti, a fait pas mal de vagues aujourd'hui.  Nicolas Sarkozy, on s'en serait douté, accueille favorablement les 50 propositions du député UMP pour durcir l'exécution des peines de prison.

Première conséquence, si les préconisations du rapport sont suivies d'effet : la crise du logement va sévir dans le milieu carcéral. Qu'à cela ne tienne, M. Ciotti propose de construire des prisons, d'aménager des casernes désaffectées, voire d'utiliser des structures légères. Bref, je vous renvoie à la lecture de la presse pour approfondir l'information…

Quant à moi, je m'étonne qu'en cette période de crise aiguë du monde agricole, M. Ciotti n'ait pas songé à envoyer les détenus à la campagne. Nul doute que les éleveurs pourraient aménager des places dans leurs étables vidées d'animaux par la sêcheresse. Et il n'y a pas que les éleveurs : tous les cultivateurs sont à la peine. Cela ferait d'une pierre deux coups : allégement du fardeau immobilier et création d'un revenu de complément appréciable pour les paysans —cela sans augmentation du nombre de fonctionnaires.

Cette brillante idée n'est en fait qu'un souvenir de lecture qui m'est revenu en écoutant les nouvelles à la radio. Charles Morgan, écrivain britannique, avait imaginé une telle solution dans Le Voyage, roman des années 40. Du coup, rendant à César ce qui lui revient, je vous cite le passage qui m'a inspiré les lignes précédentes…

«[…] en 1826, le grand-père de Barbet, Guillaume, négociant à Roussignac en même temps que viticulteur, fut désireux d'acquérir l'ancienne prison de la ville, contiguë à ses biens en cet endroit ; il proposa — les criminels mêmes devant avoir un toit — d'enfermer ceux-ci temporairement chez lui, la cour nord de la maison Hazard où il installerait des cellules qu'il pourrait surveiller. Il aurait les prisonniers à sa charge et toucherait une redevance à cet effet. Cet arrangement était très avantageux pour un homme logé dans une habitation trop vaste et il s'efforça de le rendre permanent. Si bien que la défaite de la monarchie, l'avènement et la chute du second Empire, comme les nouvelles institutions de la troisième République, le laissèrent intact. Personne n'avait intérêt à y rien changer. Julien succéda à Guillaume, et lorsqu'à la mort de Julien ses deux fils se partagèrent l'héritage, Anton l'aîné et le plus riche, eut la maison de commerce Hazard et Vincent, ainsi que les intérêts de la famille à Roussignac, tandis que le domaine des Hazard, ses vignes, sa ferme et sa prison devenaient la propriété de Barbet, le puîné. Durant cette période le gouvernement central — tous les gouvernement centraux — délicieusement français, se montra satisfait de l'état de choses ; car le système fonctionnait bien. […] Lorsque la charge de la petite prison échut à Barbet, cela le contraria, car il ne se sentait nullement qualifié pour être un gardeur d'hommes. Il s'en acquitta cependant du mieux qu'il put et, faute de relâcher ses prisonniers, il s'en fit des amis. »

(Stock 1949, traduit par Germaine Delamain, avec une préface de Paul Valéry)

7 commentaires:

Nicolas a dit…

Tu as des solutions pour tout !

Le coucou a dit…

Il y a toujours moyen, plus ou moins radicalement, de s'évader de la réalité :-)

Romain / Variae a dit…

Je propose aussi qu'on les marie de force pour repeupler nos campagnes.

Captainhaka a dit…

Je suis entièrement d'accord pour transformer par exemple le château de Versailles en une geôle géante, où bien un gymnase municipal voire des HLM.

Dans tous les cas, en 1789 les gars n'avaient pas fini le travail correctement.

Didier Goux a dit…

Eh oh ! la campagne ce n'est pas une décharge publique, merde !

Sinon, votre idée me fait penser à ce film de Robert Enrico, Les Grandes Gueules, dans lequel Bourvil, patron d'une scierie dans les Vosges, accepte de faire bosser des taulards (dont Lino Ventura et Michel Constantin). Ça se termine par un règlement de comptes généralisé et par la destruction totale de la scierie par le feu…

Le coucou a dit…

Romain,
il ne serait peut-être pas nécessaire de les forcer.

Captainhaka,
Versailles transformé en geôle ? Ah, non! je suis pas d'accord. Je n'ai pas encore visité, alors que je veux le faire depuis des années.

Didier,
je suis de votre avis. Par ici, l'environnement de collines ne se prêterait pas du tout à cette solution, ni l'habitat paysan d'ailleurs. En fait, je situais plutôt sans le dire l'expérience en Normandie.
J'avais aussi pensé à ce film, "Les Grandes Gueules", vu et apprécié en son temps. C'est en effet la même situation.

Pensez BiBi a dit…

Quoi ? Il n' y avait pas DG dans les Grandes Gueules ? J'avais cru...