mardi 21 juin 2011

Delanoë ne soutiendra pas Robespierre

Au petit matin, deux ou trois sujets de billets me sont venus à l'esprit, inspirés par les premières informations entendues à la radio, confirmées de demi-heure en demi-heure, jusqu'à ce que j'en ai marre. D'autant que le moment était venu de prendre un mini-bus pour aller récupérer à la ville ma voiture tombée en panne hier, une fois de plus. Encore une infime paille dans l'électronique qui paralyse tout : de la poussière sous le capot, une couleuvre dans l'échappement, une ampoule grillée quelque part… Ma prochaine voiture, si prochaine il y a, sera néo-rustique. Je veux des bougies, un carburateur, une manivelle, et la satisfaction d'avoir contribué à foutre au moins un concepteur d'électronique embarquée au chômage. Maudits soient-ils tous, d'ailleurs ! Et pendant que j'y suis, les fonctionnaires de certaines institutions publiques aussi, ces caricatures évadées des pages du Château sans emporter la moindre trace de l'humour de K. avec leur brosse à dents.

Ce matin, je me suis frotté à l'une d'elles qui m'a demandé de fournir un acte de naissance intégral d'une personne décédée que je n'ai jamais vu de ma vie et qui m'est étrangère. Comme je lui demandais conseil sur la manière dont je pourrais m'y prendre pour la satisfaire, elle m'a répondu, souveraine : «nul n'est sensé ignorer la loi» —aucun rapport avec mon problème. L'alpha et l'oméga des obscurs du pouvoir pour assommer les importuns. 

Pourtant, il était encore tôt, j'étais seul devant son comptoir de merde, elle aurait pu se fendre d'un tuyau quant à la meilleure façon de contourner honorablement la loi en pareil cas, précisément. Parce que le plus marrant, c'est que cette pintade ignore la loi, figurez-vous. Moi aussi, mais je me suis informé sur internet depuis : entre autres précisions, il me faudrait connaître les noms des parents de la personne en question pour avoir le droit d'obtenir un acte intégral. Autant dire que ce n'est pas pour tout de suite. (Vous avez relevé je suppose mes contradictions : maudits soient les électroniciens en début de billet, par ici internet dix lignes plus bas… M'en fiche, je maintiens !)

Et voilà comment mes idées de billet ont commencé à s'évaporer doucement ; passer la moitié de la journée dans les bouchons de la côte a fait le reste. Je crois bien qu'à un moment, j'ai entendu Saint Bertrand Delanoë expliquer pourquoi il soutiendrait Martine Aubry aux primaires seulement la semaine prochaine. Moi, je ne sais pas encore. B. Delanoë a aussi délayé dans la lavasse verbale le refus de baptiser une rue de Paris du nom de Robespierre, exprimé au Conseil municipal par Anne Hidalgo. S'il y a pourtant un révolutionnaire qui mériterait cet honneur de la capitale, c'est bien Robespierre ! Le résumer à la Terreur, dont il ne cautionnait pas les excès, est un peu court. Danton aussi corrompu que brillant politique a eu cet honneur de longue date : notre république doit être plus à l'aise dans la corruption qu'avec les valeurs de sa devise «Liberté, égalité, fraternité» incarnées par Robespierre.

P-S : Bon Anniversaire à Fucking disgrace, et pour la Fête de la musique, je vous invite à découvrir le blog de l'ami Orlando de Rudder, si vous ne le connaissez pas encore (il est dans ma blogroll). Chez lui, c'est souvent décoiffant, et j'aime bien le lire. Même si je ne suis pas toujours d'accord avec ce qu'il écrit, en particulier sur l'écologie.

12 commentaires:

solveig a dit…

Qu'il est donc pontifiant, Bertrand Delanoë ... ça m'a encore frappée ce matin.

Le coucou a dit…

Oui, et surtout il pratique une drôle de langue… de bois caoutchouteux, pour ne faire de peine à personne en apparence.

Omnibus a dit…

Oui, mais il y a une place Michel-Debré. On sait honorer les vrais révolutionnaires, à Paris.

Le coucou a dit…

Omnibus, ben quoi ? Il a failli révolutionner la démographie française !

solveig a dit…

c'est vrai !
Voulait qu'on fasse des enfants "sur une grande échelle" ... personnellement, je n'avais qu'un escabeau donc disqualifiée !

mike hammer papatam andropov a dit…

Merci coucou

Nicolas a dit…

Il y a déjà une place Robespierre et Jean-Marc Thibault, d'où la décision de M. Delanoë.

Monsieur Poireau a dit…

Pourrait-on imaginer aussi des candidatures politiques néo-rustiques? Un programme clair dans un fonctionnement limpide et pas tous ces montages financiéro-bancaires !
Le retour des urnes à manivelle !
:-))

[Pas bien compris dans quel cas on te demande l'acte de naissance de qq'un qui t'est inconnu. C'est très kafkaïen effectivement ! :-) ].

Didier Goux a dit…

Et vous le résumeriez à quoi, vous, Robespierre, sinon ? Juste comme ça, pour rire…

En tout cas, je vous épingle chez mes modernœuds !

Le coucou a dit…

Solveig,
dans mon souvenir, c'était le premier motif de raillerie à son sujet, son obsession de la ponte nationale.

Mike,
de rien !

Nicolas,
ils ont vraiment une place ?


M Poireau,
le principe de sobriété appliqué à la politique, avec la manivelle pour relancer la participation électorale, serait en effet un bouleversement considérable !

Didier,
c'est presque une vieille histoire déjà, cette différence d'appréciation des mérites et tares de Robespierre. Ce n'est pas le premier billet où j'évoque le bonhomme, qui vous fait ricaner… Je résume Robespierre à la devise de la république, comme souligné en conclusion. Quant à me faire son avocat, la barbe ! Je ne suis pas historien, ma sympathie s'est forgée au fil des années de lectures, de l'Histoire de la Révolution par Michelet à Mourre (lequel est d'ailleurs sévère pour Robespierre, versant Terreur). Vite fait, mon effort se limitera à citer un extrait de la préface de Marc Bouloiseau aux «Discours et rapports à la Convention» : «Pour cette tâche prioritaire que constitue la lutte contre tous les ennemis de la Révolution, il justifie la Terreur, non pas comme une répression aveugle, mais comme un moyen d'accélérer la punition des grands coupables. Il y veille, mais d'autres se chargent de l'appliquer, tandis que son principal effort consiste à maintenir l'unité montagnarde dans la Convention, et à la créer dans le pays.» Amen.
Épinglé chez les modernœuds ? Je suis ému.

Ferocias a dit…

Je viens de comprendre une source d'inspiration du Coucou pour un billet là d'un coup (je me trompe?)

Le coucou a dit…

Non, tu ne te trompes pas, mais je file terminer le jeu du rébus ;)