lundi 13 octobre 2008

Travailler le dimanche ?

Le JDD publiait hier le sondage dont nous avons tous entendu parler. Je rappelle le chiffre choc : 67% de français sont favorables au travail du dimanche. En réalité, comme souvent avec les sondages, je trouve que ce chiffre reflète surtout ce que l'on avait envie de lui faire dire. Et nous ne sommes pas obligés de retenir l'interprétation qui en est donnée par les cuisiniers spécialisés. Je vous livre donc ma version de nul en maths, mais de réfractaire aux manipulations d'opinion.
Ainsi, le détail de l'étude précise qu'à la question «si votre employeur vous proposait de travailler le dimanche, accepteriez-vous?», 17% des sondés répondent :
— Oui, toujours.
Ils ont besoin de gagner plus d'argent, c'est évident. Décemment, je ne vois pas ce que l'on pourrait objecter à des gens pris à la gorge.
Mais 50% des sondés répondent :
— Oui, de temps en temps.
Nuance ! De temps en temps, ça veut dire : si je suis d'humeur à bosser ce jour-là, et si j'ai besoin d'un peu plus d'argent… En quoi ces français-là se mettent le doigt dans l'œil, parce que lorsqu'il auront accepté une fois, le patron en fera vite une habitude difficile à contrer. Dire non dès le départ, refuser cette régression sans égale depuis le moyen-âge, où le repos dominical fit son apparition, serait une attitude plus cohérente qui couperait court aux abus prévisibles. Le dimanche la majorité des familles se retrouvent, c'est le seul jour où parents et enfants n'ont, en principe, rien à faire. N'en déplaise à MM Sarkozy et autres apôtres du «travailler plus pour gagner plus» —tous gens qui, quelle que soit la longueur de leurs journées, ne savent pas ce que travailler dur pour mener une vie dure signifie—, notre passage sur terre est trop bref pour le consacrer à gagner notre pain.
Chez Nicolas, qui a évoqué également cette question (Peuples.net aussi, par ailleurs), et comme je le disais ici dans un billet précédent, j'ai rappelé que notre civilisation voit depuis la nuit des temps dans le travail une malédiction divine. «Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front» dit Dieu à Adam en le chassant du paradis terrestre avec sa copine Ève. Il dit aussi à celle-ci à la même occasion : «Tu enfanteras dans la douleur…» Depuis ce temps, il y a eu pas mal de chemin de chemin parcouru. Nous ne prenons plus guère Dieu au sérieux, nous avons obtenu les congés payés, la semaine de trente cinq heures, et nous avons fait en sorte que la femme accouche de moins en moins souvent dans la douleur, preuve que les malédictions ne nous impressionnent plus.
Des pays comme le nôtre, capables d'engloutir des sommes astronomiques pour tirer d'affaire une caste de privilégiés sans scrupules, devraient avoir la capacité d'améliorer les salaires sans porter atteinte à la qualité de notre courte existence. Travaillons moins et gagnons plus !

P.S. Je vous invite à visiter le blog de FanSolo

11 commentaires:

Nicolas a dit…

Ta conclusions est grandiose !

Le coucou a dit…

Ah! Je suis réconforté nicolas ! Bon, maintenant, y a plus qu'à…

Anonyme a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
martine silber a dit…

ce matin à la matinale de canal plus, les téléspectateurs ont voté exactement l'inverse.

Le coucou a dit…

ça ne m'étonne qu'à moitié Martine! Mais peut-être les téléspectateurs de canal ne sont-ils pas représentatifs de la moyenne des français?

andré, merci du lien et du commentaire, mais je suis désolé : plus de commentaire anonyme ici. Si vous voulez savoir pourquoi, explorez le blog… Vous pouvez le refaire avec pseudo, ce serait bien : je supprimerai votre commentaire tout à l'heure.

Homer a dit…

Tout est ici très bien amené, pour une conclusion superbe. Rien à dire, tout est dit !

Scheiro a dit…

>Travaillons moins et gagnons plus !
Vous ne trouvez pas ce slogan, un brin démagogique, Jean-Louis? Rien d'étonnant à ce qu'il est autant de succès ;-)

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Scheiro a dit…

Pour éviter aux normopathes de tomber en syncope, je corrige: "...à ce qu'il ait autant..."

Le coucou a dit…

Homer : plus que 64999996 français à convaincre, et c'est dans la poche (je ne peux pas compter Scheiro parmi les touchés par la grâce, hélas)! Il y a là un sondage clair et net : trois français sur quatre sont contre le travail du dimanche…

Scheiro : je ne me suis pas foulé pour ce billet, d'accord, mais je pensais que son humour raffiné sauterait aux yeux du lecteur. :-/

Scheiro a dit…

Si vous vous penchez sur l'étymologie du mot "travail" vous comprendrez aussi pourquoi personne ne semble avoir envie de jouer les Stakhanovich du dimanche. D'ailleurs je pense qu'une majorité s'en dispenserait même tout au long de la semaine si cette possibilité était offerte. C'est pour cette raison que ce type de sondage a peu de valeur à mes yeux. Si les gens sont d'accord pour bosser le week-end c'est pour la thune et bcp d'étudiants, de gens qui ne sont pas soumis au rite "famille", ne voient pas d'inconvénient à bosser le dimanche.
Mais bon, quand on connaît la façon dont la majorité des fr. coincent sur des choses aussi futiles, sachant que les débats portent sur ce genre de dilemmes, alors que la situation n'a rien à voir avec celle de 36...
Mais, le vrai mystère pour moi tient au fait qu'une personne qui manie si bien la langue que vous, Jean-Louis, puisse perdre son temps et répandre son encre dans la construction de billets au service d'une cause aussi vaine et triviale que cette misérable gestion du temps de travail, par exemple.
Je croyais que c'était un boulot réservé aux ratés d'HRC ou de Sciences PO. C'est quoi ce bricolage à la petite semaine? Où sont les grandes odes romantiques, sur fond d'horizon lumineux, la description par le menu d'un avenir merveilleux vers lequel s'avance le prolétaire heureux, rassuré de savoir qu'avec ses camarades de lutte, la victoire se fait en chantant. C'est ça qu'il faut nous donner à lire Jean-Louis.

Le coucou a dit…

Scheiro, j'aime aussi provoquer un peu, de temps à autre. Et puis, dénoncer tout ce qui participe de la destruction du tissu social par la droite est important —même si je ne suis pas concerné personnellement.